Alors qu’en France le combat semble se jouer entre le pain au chocolat et la chocolatine – ne vous posez plus la question, c’est la chocolatine qui l’emporte – ici au Québec, on assiste quotidiennement au match Shakespeare contre Molière.

Ils ont des expressions bizarres », « ils parlent français comme toi mais tu ne vas rien comprendre », « ils traduisent tout pour ne pas avoir à employer de mots anglais » : lorsqu’on met les pieds au Québec pour la première fois, tous nos préjugés sur la langue débarquent avec nous. Après deux mois passés ici, et sans me prétendre experte en la matière, je me suis forgée ma propre opinion sur le sujet. Alors, qui de Shakespeare ou de Molière va l’emporter ?

anglais français au québec

Si en France nous n’avons aucun mal à employer des termes anglais au quotidien (parking, meeting, stop, sandwich, et j’en passe !), au Québec, c’est une autre histoire… Fiers défenseurs de la langue française, ils emploient fin de semaine plutôt que week-end, magasiner au lieu de faire du shopping, courriel pour e-mail et je ne vous cite que les plus célèbres. Même commander chez McDo devient compliqué. Pour un menu Best of Royal Cheese, frites et Coca + un Happy Meal demandez – attention les oreilles – un Trio Quart de livre avec fromage, frites et Coke + un Joyeux Festin… et si vous souhaitez aller au drive dites plutôt service au volant.

Mais parler québécois c’est aussi parler le français d’une vieille époque, c’est-à-dire employer des mots et expressions que nous les Français-de-France on n’utilise plus depuis bien longtemps. Ainsi, les Québécois ne commandent pas une boisson mais un breuvage ou une liqueur (le terme boisson désigne uniquement les boissons alcoolisées), ils enfilent leurs souliers et non leurs chaussures et quand ils trouvent qu’un vêtement est trop cher, ils disent qu’il est dispendieux.

Ils vont même jusqu’à traduire le titre des films… Ainsi, Pulp Fiction devient Fiction Pulpeuse, Dirty Dancing/Danse Lascive, American Pie/Folies de graduation ou encore Ghost/Mon fantôme d’amour. Moins glamour n’est-ce pas ? En fait, même nos titres français sont différents : Eddie Murphy n’est plus Professeur Foldingue mais Nigaud de professeur, Mille et une pattes devient Une vie de bestiole et Cameron Diaz utilise le « gel pour cheveux » de Ben Stiller dans Marie a un je-ne-sais-quoi (VF : Mary à tout prix).

français anglais québécois

Pourtant, même en prenant très à cœur leur lutte contre les anglicismes, les francophones du Québec ont tout de même concédé quelques défaites… Lorsqu’ils trouvent quelque chose mignon par exemple et qu’ils s’exclament : « Oh c’est trop cute ! », quand ils font une joke, quand ils vont à un party en sortant de la job ou encore quand ils décroche leur cellAnyway ! Et puis leur syntaxe est aussi très inspirée de l’anglais comme avec l’expression tomber en amour pour fall in love ou lorsque votre patron vous introduit son épouse (to introduce) ou encore quand vous dites merci et qu’ils vous répondent bienvenue (you’re welcome).

Et quand il s’agit de prononciation, ils ne sont pas toujours cohérents… Alors qu’ils me reprennent lorsque je demande le code Wi-fi (prononcé oui-fi alors qu’ils disent ouaille-faille), ils racontent leur voyage à Boston (prononcé Boston alors que nous, on dit Bostone). Bon là j’avoue, je chipote un peu !

Allez, vous voulez vraiment savoir qui des Français ou des Québécois utilisent le plus d’anglicismes ? La réponse ici.

anglais français québécois

Petite compil d’expressions québécoises


Panne de métro un dimanche matin, j’arrive en retard au travail et un collègue me demande « t’es-tu virée une brosse hier soir ? ». Je suis restée un peu bête et sans voix. En fait, il me demandait simplement si j’étais en retard à cause d’une soirée arrosée – en d’autres termes si j’avais « pris une cuite ».

Les expressions québécoises sont très imagées et il faut parfois remonter loin pour comprendre leur sens. Tire-toi une bûche ! pour Prends-toi une chaise ! viendrait du temps où les habitants de la Nouvelle-France utilisaient des troncs d’arbre en guise de chaises (certes, c’est beaucoup moins fun quand on cherche à les expliquer…).

Et même quand nous avons les expressions françaises équivalentes, il reste parfois difficile de les déchiffrer : Ça vaut pas de la chnoute/ça ne vaut pas un clou, mouiller à boire debout/pleuvoir comme vache qui pisse, passer la nuit sur la corde à linge/faire nuit blanche, faire du pouce/faire du stop, caler son verre/boire cul-sec… Honnêtement, je me demande laquelle des deux langues possède les expressions les plus farfelues !

expressions françaises québécoises

Attention, ça n’a pas le même sens


Ce que je trouve le plus drôle – même plus que les expressions québécoises – c’est lorsque dans la même langue, on utilise le même mot pour dire deux choses complètement différentes. Pour commencer avec une simple nuance : ici, quand on vous invite à dîner, ne vous pointez pas à 20h00, ce sera trop tard ! Et oui, ici, notre petit-déjeuner est en fait leur déjeuner, notre déjeuner devient leur dîner et notre dîner s’appelle souper. D’ailleurs, si le repas vous plaît, n’hésitez pas à dire que vous le trouvez écœurant. Pas de panique, vos hôtes comprendront délicieux.

Si en quittant une pièce quelqu’un vous dit bonjour, ne faites pas mine de ne pas comprendre, c’est comme ça que les Québécois souhaitent une bonne journée. Quand vous entrez chez Tim Hortons pour commander des beignes, il est évident que vous n’allez pas recevoir de claques et surtout si vous avez besoin d’une gomme, demandez une efface sinon on vous tendra un chewing-gum.

Situation plus délicate cette fois : si un inconnu vous parle librement d’un 5 à 7, n’ayez crainte, il vous parle en fait d’un verre entre amis/collègues, et non d’une sieste coquine. Idem, Mesdames, quand il dit que vous êtes bonne, n’y voyez aucune insulte – ici, être bonne signifie être douée, faire du bon travail  – par contre s’il vous parle de ses gosses, c’est le moment de fuir ! À moins que ce qu’il ait à raconter sur ses cou*lles vous intéresse vraiment, après tout, pourquoi pas ?

Les sacres québécois


Ah les fameux jurons québécois, ils vous intriguent mais vous les trouvez drôles n’est-ce pas ? N’en abusez pas quand même, vous risqueriez d’être ridicule. En fait, les sacres sont des termes issus de la religion catholique dont la plupart des gens ignorent la signification.

sacres québécois

Parmi les plus populaires on retrouve bien évidemment Tabarnak (Tabernacle) mais aussi Criss (Christ), Câlisse (Calice) ou encore Osti (Hostie). Et comme nos purée, zut ou mince, les québécois nuancent aussi leurs jurons avec des Tabarnouche, Tabarouette, ou Cristi. Ben oui, ça fait quand même mieux devant les enfants… Mais en cette saison d’hiver, avec les températures qui vont bientôt frôler les -25 °C, ne vous attendez pas à entendre les versions nuancées : « Ah osti qui fait frette ! ».

 

 

 

 

 

( Éléments véctorisés téléchargés depuis mon sauveur Freepik)

Categories: Canada

9 Comments

Vieux français, anglicismes, sacres et expressions loufoques : l’art de parler québécois

  1. Super article comme d’habitude! Je me suis d’abord dit que vraiment leurs expressions, c’était pas possible! et puis après réflexion c’est vrai que se faire un « cul-sec » c’est étrange…. Profite bien Marionnette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *